Les Bords De Mer : Marseille côté grand large…

 
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Luxe, calme, vue, lumière et volupté pour une escale exceptionnelle. Ouvert fin 2018, le superbe voilier immobile des Domaines de Fontenille a jeté l’ancre sur les rochers de la Corniche Kennedy. Une très belle adresse, encore en rodage, mais à suivre absolument.

 
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Inondé de lumière, évoquant, avec ses lignes étroites et élancés, un yacht ancien, épure blanche, racée comme un lévrier de course : c’est un bâtiment hors du temps et hors des sentiers battus qui se dresse désormais à l’extrémité est de la plage des Catalans. On le sent vibrant et libre, voiles prêtes à l’envol, posé sur son rocher comme un goéland en partance, la tête tournée vers le large. Pour un peu – très peu… - on percevrait presque le tintement des pièces métalliques du gréement et le claquement de la toile répondant au chant des vagues et du vent. Vraiment, l’escale marseillaise des très élégants et très confidentiels Domaines de Fontenille est une réussite. 

Curieusement, Marseille ne comptait jusqu’à décembre dernier aucune adresse de charme et de confort stylé en front de mer. Un Hôtel-Dieu luxueusement rénové mais totalement dénué d’âme, certes. Quelques hôtels de chaîne anciens, sans intérêt. Depuis peu, également, des établissements ciblant essentiellement la clientèle d’affaire, avec la même décoration agréable mais sans personnalité et le même service efficace et industriel. Mais rien au bord de l’eau, hors le mythique et charmant, mais très démodé, Hôtel Peron, un peu plus loin, sur la Corniche. Nostalgique et désuet avec sa façade Art Déco heureusement préservée et son confort basique, figé dans l’époque de sa dernière rénovation, courant 1960. A l’emplacement où se dresse depuis quelques mois la silhouette insolemment intemporelle des Bords de Mers, au no 52 de la Corniche, existait une autre institution marseillaise : le modeste mais très couru Richelieu. Un deux étoiles décati, étroit et biscornu, blottissant ses angles improbables entre la route, coté ville, et les rochers, côté mer. Et surplombant une improbable jetée circulaire en béton – si improbable, avec son allure de piste d’atterrissage pour mini-soucoupes volantes, qu’elle en arrivait à transcender la laideur première et pur 1950 de son absence d’élégance. Feu le Richelieu a vécu mais son fantôme nostalgique et sublimé survit dans les lignes épurées des Bords de Mer. Une réussite architecturale signée du Marseillais Yvann Pluskwa. Amoureux du littoral de sa ville, il a réussi à lui conserver son charme suranné, très « bains de mer des Années Folles ». En le transcendant. Et le résultat est époustouflant. Tirant parti, avec grâce et talent, du moindre recoin et des implacables contingences imposées tant par l’étroitesse du terrain que par les incongruités architecturales d’un bâtiment construit de bric et de broc, au cours du temps, sur le plan 1930 d’origine, il a fait renaître un lieu tout de lumière et d’espace. Un tour de force sur une surface aussi réduite. 

Ode à la mer et à la lumière

 
 

Face au somptueux panorama de la rade de Marseille, avec les îles du Frioul et du Château d’If presqu’en vis-à-vis, Les Bords de Mer se fondent entre ciel et mer. Tout, ici, parle de la Méditerranée. Et chacune des 19 – petites – chambres ouvre sur l’eau. Certaines, aux premiers étages, avec terrasse ou baie vitrée coulissante, d’autres avec de petits balcons-vigies permettant de tutoyer les mouettes et donnant l’impression que l’on pourrait plonger directement dans les vagues. S’il n’y avait, en contrebas, l’extrémité de la promenade bétonnée prolongeant la plage publique. C’est du reste l’un des bémols – inévitable mais supportable – de l’endroit : la promenade est fréquentée et bruyante, surtout la nuit, les soirs d’été. Comme la climatisation de nos chambres, les deux fois où nous y avons séjourné, ne fonctionnait pas (défaut mineur quoiqu’agaçant, mais impondérable fréquent des bâtiments fraîchement construits…), aucun moyen de contrer le boucan montant du rivage en fermant les fenêtres. Boules Quiès indispensables, en cas de météo favorable et d’absence de pluie dissuasive, pour un sommeil plus ou moins paisible…

 
 

La décoration minimaliste laisse toute sa place à la lumière, qui devient un élément du décor, avec des meubles sur-mesure aux lignes épurées, des photos de famille évocatrices de vacances à la mer, une literie d’un confort absolu, et de très fonctionnelles et très agréables salles d’eau. Un choix de livres disposés en petites touches familières et judicieuses complète, avec les très beaux voilages de lin blanc et les clichés de Berni Searle et Laurent Millet, le sentiment de luxe pur et serein, éclaboussé de lumière, de ce très beau lieu. L’occasion de relire, in situ et en technicolor, le Comte de Monte Christo… 

 
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Côté spa : luxe, calme et volupté, version bio

Sur le toit, un bassin de nage. Chauffé. Où les oiseaux marins viennent parfois se poser. Un ponton de bois brut avec quelques chaises longues, évocatrices des transats des paquebots d’antan, où savourer l’air marin et se perdre dans la beauté du paysage. En contre-bas, une terrasse-bar où siroter les cocktails concoctés par un jeune barman talentueux. Atout supplémentaire : un très beau néobistrot à la carte réduite mais irréprochable et goûteuse, joliment en phase avec le décor et les saisons. Service attentif et chaleureux. Enfin, la pépite absolue : un spa de taille réduite mais absolument délicieux, creusé dans la roche dorée, offrant bain relaxant, sauna, hammam et espace sport et yoga (vous pouvez réserver votre coaching personnalisé). Ainsi qu’une superbe offre de massages et de soins signés REN, la marque londonienne culte. Sortant – de très mauvaise humeur - d’une expérience extrêmement décevante au spa Clarins de l’Intercontinental (que je vous déconseille : prix très élevés pour des soins sans intérêts, un décor mal fichu, un hammam mal tenu et dysfonctionnel, et des esthéticiennes à la formation minimale…. Le type d’endroit prétentieux et antipathique à éviter absolument, un gros « Point Nul » dans mon système de notation personnel !), découvrir ce petit bijou d’attention et de professionnalisme dédié au bien-être a été apprécié à sa juste valeur. Le cadre, tout d’abord : restreint, étroitesse du bâti oblige, mais incroyablement apaisant et harmonieux. La lumière tamisée à fleur de roche : sentiment de profonde sérénité. On a l’impression de plonger au cœur d’une grotte marine, où tous les sens s’apaisent, pour de merveilleux moments de relaxation hors du temps. Je rêve d’y retourner… La griffe de Sandrine Barberis, directrice en charge des spas du groupe Fontenille, est évidente dans tous les détails. Elle a su créer une atmosphère unique, une véritable signature, reconnaissable et distinctive, entre tous les spas de la marque. Et celui des Bords de Mer est une nouvelle et remarquable réussite. Choix des soins, des produits (avec, toujours, une jolie « touche locale » en prime : en l’occurrence, les très belles bougies Sainte Victoire, et de l’équipe : exceptionnelle. Avec mention spéciale pour Syndie, qui a gentiment pris en charge mon stress et mon mal de dos, répondu à mes questions, fait partager son enthousiasme et son professionnalisme, et prodigué l’un des plus remarquables massages que j’aie eu la chance de savourer depuis longtemps, décrispant et apaisant avec une maîtrise et un professionnalisme impressionnants des muscles et des tensions dont je désespérais qu’ils daignent un jour cesser de se rappeler douloureusement à mon souvenir… Si vous n’avez le temps de ne vous offrir qu’un soin, craquez absolument pour le Rituel Corps et Visage à la Rose ! 

 
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Bémols et fausses-notes…

Alors, je ne vous le cacherai pas, tout n’est pas à la hauteur des promesses aux Bords de Mer. Pas encore, du moins. AILLEURS d’Or pour le Spa, vous l’aurez compris. Et un AILLEURS d’Argent pour le bistrot-restaurant. Mérités. Tout comme les remerciements aux femmes de chambre : service impeccable et gentillesse efficace à toute épreuve. En revanche, panique à bord perceptible lors de nos deux séjours (plusieurs jours à chaque fois, le temps de vraiment creuser notre sujet : c’est notre marque de fabrique et notre signature « Ailleurs the Blog »), sur plusieurs points. Mineurs mais pas au niveau d’un établissement se classant en quatre étoiles. Et pas à la hauteur non plus de l’excellence des autres hôtels du groupe, ce qui me laisse assez sereine quant à leur caractère transitoire et à la reprise en main qui va forcément remettre le navire marseillais à la hauteur de ses ambitions. Justifiées. Défauts de jeunesse, diront-nous : peut-être léger manque du côté management ? Je ne crois pas que laisser une jeune stagiaire, dont c’était de surcroît le premier jour, seule en charge de la réception, un jour de problèmes en cascade, soit une très judicieuse décision (si c’en était une: le sentiment général ce jour-là était plutôt celui d’une panique confuse)… L’impeccable courtoisie dont elle a néanmoins su faire preuve, au milieu du maelström, sont à relever, sous nos applaudissements ! Et si les défauts techniques – chauffage in-réglable et absence totale de climatisation – sont encore pardonnables dans un bâtiment neuf, quelques mois après son ouverture, la manière de les gérer (tout comme l’impossibilité de se connecter au WiFi non protégé, que refusait donc absolument le pare-feu sécurisé de mon portable, ce qui m’a valu des remarques agacées, sur un ton frisant le paternalisme sexiste, de la part du Monsieur énervé et énervant supposément en charge) et de répondre aux demandes des clients laisse une large place à l’amélioration. On peut avoir un problème technique : mais me raconter n’importe quoi en m’expliquant que « tous les hôtels ont le même problème à Marseille » et que « la climatisation fonctionne » quand ce n’est manifestement pas le cas, en sous-entendant en prime que c’est moi qui ne sais pas m’en servir (même si c’était le cas, un réceptionniste digne de ce nom va s’enquérir du problème, en prendre note et s’efforcer de le régler au plus vite. Et c’est tout…) : c’est un gros « peu considérablement mieux faire, jeune homme ! ». L’absence totale même de la moindre cacahuète à grignoter avec les boissons commandées en service en chambre le dimanche après-midi (sous prétexte que la cuisine est fermée…) : c’est nul. Définitivement et irrémédiablement nul. Et le bruit en contre-bas empêche vraiment de dormir, mais là, le personnel n’y est pour rien et la – prompte, c’est à espérer – réparation du système de climatisation devrait remédier au problème. Temps d’adaptation et maladies d’enfance, diront-nous. Pas suffisantes pour nous empêcher de redescendre très vite et de retourner très souvent dans un endroit qui sort véritablement du lot et qui saura, j’en suis certaine, devenir un incontournable pour les amoureux de belles adresses. 

 www.lesbordsdemer.com

 
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