Balade en Forêt Noire

Nos adresses, découvertes et coupS-de-cœur autour de Donaueschingen…

 
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Il était une fois...

Au coeur d'une Forêt de légendes

 

Donaueschingen – comme Fribourg en Brisgau– n’appartient pas au sens strict à l’espace géographique de la Forêt Noire. Mais les deux villes en sont à la fois les portes d’entrée et les avant-gardes. A la lisière. L’une à l’est, l’autre à l’ouest, de chaque côté de cette région mythique qui draine des milliers de visiteurs venus des quatre coins du monde. Les contours mêmes de la Forêt Noire dépendent beaucoup de ce que l’on recherche en s’y rendant : si la zone officiellement classée par l’UNESCO comme réserve de biosphère est très exactement délimitée, l’espace culturel, gastronomique, historique qui lui est lié a des contours nettement moins nets – et fluctuant avec le temps et l’histoire. Nous ne prétendons pas vous donner ici un guide exhaustif de la région : vous en trouverez des dizaines, dans toutes les langues, au rayon livres de voyage de votre librairie préférée. Mais un aperçu, subjectif et entièrement guidé par nos propres standards très AILLEURStheblog, pour vous accompagner et vous suggérer itinéraires et adresses que nous avons aimés. A vous de poursuivre ensuite le voyage à votre guise, en n’hésitant pas à nous faire parvenir vos remarques, découvertes et suggestions !

Le reportage sur MUSEUMART.PLUS a été l'occasion de découvrir cette partie de la Souabe pour la première fois. Sachant qu’elle n’est guère qu’à deux heures de route de chez moi, j’ai d’autant plus de regrets (et d’autant moins d’excuses) de ne pas l’avoir fait plus tôt… Certes, avant d’y parvenir, il m’a fallu, un petit matin lumineux d’avril, suivre les pistes sans âme de l’autoroute A1 direction Bâle, avant de bifurquer vers l’est, un peu avant les ruines romaines d’Augusta Raurica, et de continuer le long du Rhin. Il faut beaucoup d’imagination pour leur trouver du charme, à ces rives embetonnées et ourlées de mochissimes bâtiments industriels, mais j’en ai… et donc, imaginant les sylphes, les ondines et les esprits du Fleuve sous les branches encore nues des arbres, c’est dans une humeur résolument romantique et sur fond de concertos pour piano de Beethoven (non, pas de lieders de Schubert : trop évident!) que j’ai traversé moult ponts, rails et postes de douanes avant de bifurquer vers l’est direction Donaueschingen. Ma première rencontre avec la mythique et noire Forêt était en ce sens une esquive : je la contournai par le sud avant de remonter sur un paysage de champs et de prairies à chevaux. Eparpillés le long de la route, quelques bois de conifères semblaient pourtant autant de clins d’œil m’indiquant que la Forêt Noire était là, tout près. Qu’ils en étaient les ambassadeurs et les gardiens. Et de fait, lorsque, ayant rejoint Cat qui y a passé la plus grande partie de ses vacances d’enfant, nous avons pris la route vers l’ouest, j’ai commencé à réaliser que l’appellation Forêt Noire n’était pas une invention de l’Office du Tourisme de Bade-Würtemberg: il semblerait que les sapins, dans cette région, soient différents… plus haut, plus impressionnants, plus denses… et surtout plus sombres.

Ceci posé… je dois avouer une première impression mitigée. Déception : j’attendais la Forêt Magique des contes allemands, féériques et presque inquiétante. Elle est Noire après tout, cette Forêt ! Un truc à guetter le Grand Méchant Loup digérant la Mère Grand derrière chaque tronc ! A découvrir la maison d’Hansel et Gretel au détour de chaque chemin… Mais non. Un paysage nettement moins pittoresque que le Salzkammergut autrichien ou l’Oberland Bernois. Les Vosges, peut-être, en plus petit…Rien de spectaculaire à première vue. Et pas seulement parce que les lacs y sont noirs et pas bleus et qu’il y manque les rangées de géraniums aux fenêtres. Et puis… et puis, lentement, le charme opère. Sans esbrouffe, sans fracas, il envoûte et captive, et s’instille doucement dans l’imaginaire : c’est le charme d’une minuscule chapelle baroque perchée à flanc de colline. Les éclats de rochers nus et menaçants en contrefort d’une route sinueuse. Les doigts fantomatiques qui s’accrochent en longues traînées de brume entre les sapins. Ou les fermes sombres aux grands toits de bardeaux, pelotonnées au cœur des pâturages, entourées de jardins désordonnés et plein de poésie, lupins bleus adossés à la barrière de bois ajourée ou herbes médicinales enlacées autour d’un banc de pierre dans un minuscule jardin de simples. Les balcons et frontons de bois sculptés. Les calvaires baroques brillant de tous leurs ors ou les simples croix de bois ornées de fleurs sauvages déposées en bouquets avec quelques cierges. Petits villages peu spectaculaires mais au charme irrésistible. Peu à peu la magie opère, on est envoûté et, irrésistible, la nostalgie se mêle au souvenir lorsqu’il est temps de reprendre la route et de laisser la Forêt se refermer derrière soi. C’est une magie d’atmosphère, plus que de paysage.

 
forêt noire

Lorsque les arbres se font présence

les contes de notre enfance prennent vie...

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Une petite Chapelle blottie au creux d'une colline

sous le ciel, immense

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Croix et calvaires jalonnent les rues et les chemins...

Croix et calvaires jalonnent les rues et les chemins...

...dans une Allemagne du Sud intimement catholique et baroque.

...dans une Allemagne du Sud intimement catholique et baroque.

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Donaueschingen : baroque, bière de tradition, chevaux… et fausse source du Danube

Notre point de départ a donc été Donaueschingen. A priori, peu de magazines de décoration ou d’émissions de voyages en ont jamais fait leur sujet. Même le temps d’un article. La Forêt Noire, certes, Fribourg-en-Brisgau à la rigueur… mais Donaueschingen !? Joli nom, pourtant. Evocateur de romantisme danubien pour les germanophones parmi vous. Totalement imprononçable pour les autres. Encore faudrait-il savoir le placer sur une carte… A la rigueur, un nom rappelant des concours hippiques, pour les passionnés. Ou leur service militaire pour d’autres, puisqu’elle fut ville de garnison pour les troupes d’infanterie françaises jusqu’à il y a peu. Les historiens et amateurs de musique l’associeront vaguement à un château princier en assez piteux état et à un très joli festival de musique. Les connaisseurs, à une bière de tradition brassée sur place depuis quelques siècles. Mais de l’art, et contemporain qui plus est ? Et pourtant : dans cette petite ville du Bade-Wurtemberg, presqu’endormie dans ses atours dépareillés d’immeubles de béton sans grâce et de baroque allemand, de néo-classique revisité fin 19e et de maisons tout droit sorties des contes des frères Grimm, se niche un exceptionnel, un somptueux, un éclatant bijou. Intemporel et unique. Vibrant de lumière et de couleurs, d’audace et de passion, de talent et de vision : le musée Art.Plus. Un point de départ idéal pour se plonger dans les contes et légendes de la Souabe, au fil d’un paysage romantique de lacs et de forêts.

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Donaueschingen, ballade en forêt noire.jpg

Si la ville est a priori décevante avec son mélange de maisons anciennes et d’immeubles 1970, elle tient beaucoup du kougelhopf au chocolat : cachant des éclats de gourmandise dans une pâte sans intérêt, avec des pépites improbables et pleines de charme au détour d’une rue. Les anciennes écuries princières. Le négligé romantique du parc du château. Des jardins de ville débordant de fleurs. Une église rococo et, comme de juste, flamboyante. Une rue de la gare aux jolies façades typiques du début du 19e siècle, très subtilement restaurées. La « source du Danube » qui ne l’est pas mais qui, fluviale divinité antique, est sertie dans un cercle de pierres et de fer forgé d’un baroque échevelé et qu’il serait dommage de manquer : surtout qu’il y est de tradition, comme pour la Fontaine de Trevi et tant de puits et fontaines à travers le monde, d’y jeter une pièce de monnaie en faisant un vœu. Qui prendrait le risque de ne pas voir l’un de ses souhaits se réaliser, en espérant que les déités du lieu, naïades, tritons et autres esprits de l’Eau, veuillent bien l’exaucer ? Pas moi…

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La source du Danube

Ecrin baroque où murmurent les Ondines et les Esprits de l'Eau

 

Nos adresses confort, charme et gourmandes dans et autour de Donaueschingen

A Donaueschingen même, un restaurant traditionnel et plein de charme, à solide et goûteuse cuisine à l’ancienne. L’endroit idéal pour savourer les spécialités gourmandes de l’Allemagne du Sud, juste en face du musée : restaurant Baader Schützen 

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Les quelques hôtels du lieu sont en revanche souvent sans charme, vieillots et peu inspirants. Sans âme, au mieux. A choisir éventuellement si l’on a juste besoin d’une base sur place pour rayonner dans la région. Mais il manque un vrai hôtel de charme, maisons d’hôtes ou boutique-hôtel. Même constat pour les restaurants, à vrai dire, à l’exception du Baader Schützen. Nous avons découvert, à quelques kilomètres du centre-ville, une jolie adresse : Die Burg, à Aasen. Hôtel et restaurant, dans un petit village aux maisons traditionnelles en colombages, à 10 minutes de voiture du centre de Donaueschingen. Si l’hôtel lui-même est moderne, aéré et très lumineux, il n’a pas réellement de charme : la décoration est pratique et utilitaire. Mais on peut y passer une nuit confortable dans des chambres impeccables et calmes. Mention particulière pour la literie de qualité ainsi que les salles de bains bien pensées, dotées d’assez d’espace pour ne pas avoir l’impression de se doucher dans un placard. C’est de plus en plus rare… Service adorable et attentif. Salle de restaurant aérée, où le bois blond prédomine, sans caractère mais agréable et ouvrant sur une jolie terrasse, avec une ouverture sur la campagne et les collines boisées alentours. Places de parc à disposition et bar à vin au rez-de-chaussée, où déguster crus d’Allemagne du Sud et d’ailleurs, choisis avec soin, savoir-faire et passion, en privilégiant les producteurs passés à la biodynamique. La table est de très belle tenue, sous la direction des frères Grom : Jason, le chef de cuisine, à la tête d’une brigade aussi jeune que talentueuse, et Niklas en salle, en charge également de la cave. Une histoire de famille : les deux frères sont la preuve que la valeur n’attend pas le nombre des années mais que le talent est souvent une affaire d’héritage. Leurs parents tenaient un restaurant, et ils se sont lancés très tôt dans la gastronomie. En se formant tout d’abord au très réputé Hotel Öschberghof, une table classique de Donaueschingen puis en poursuivant leur formation en Suisse et en Autriche, dans des 5*****étoiles célèbres.

Jason (à gauche) et Niklas Grom: la passion et le talent se conjugent en famille.

Jason (à gauche) et Niklas Grom: la passion et le talent se conjugent en famille.

Pain et beurre, restaurant, Donaueschingen, die Burg.jpg
Cuisine traditionnelle et de saison, réinterprétée avec maestria...

Cuisine traditionnelle et de saison, réinterprétée avec maestria...

oeufs et salade,  restaurant, Donaueschingen, die Burg.jpg
Et des produits exceptionnels, sélectionnés avec soin auprès de producteurs locaux.

Et des produits exceptionnels, sélectionnés avec soin auprès de producteurs locaux.

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Ou quand le goût et la gourmandise se conjugent autour d'une chiffonée de jambon fumé tiède sur lit de choux, sauce aux herbes...

Ou quand le goût et la gourmandise se conjugent autour d'une chiffonée de jambon fumé tiède sur lit de choux, sauce aux herbes...

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...ou avec une poitrine de volaille pochée et légumes anciens.

...ou avec une poitrine de volaille pochée et légumes anciens.

Contactés il y a deux ans par un entrepreneur de la région souhaitant créer une vraie adresse alliant confort et gastronomie, ils ouvrent Die Burg en septembre 2017, avec un succès immédiat. Le parti pris et assumé de Jason, dès le départ: mettre en valeur le patrimoine culinaire et les produits de la région, En le réinterprétant avec le talent et la maîtrise qui sont d’ores et déjà la griffe d’un encore très jeune chef dont il est évident qu’il comptera un jour parmi les grands. Allié à une technique et à une rigueur impeccables, une créativité et un talent du goût et des saveurs comme des ressources et des traditions culinaires de la région qui font danser papilles et assiettes dans des créations à la fois classiques et pleines de créativité. Avec en contre-point parfaitement maîtrisé le choix de cave, vins et liqueurs, de Niklas. Là aussi, accent mis sur les produits et producteurs locaux, en priorité. Leur motto tient ses promesses: « Saveur, Authenticité, Qualité ». L’occasion de réelles et très belles découvertes… La réécriture que fait Jason Grom de la «Bauernküche », la cuisine de paysan, et des recettes locales vaut le détour : Jambon fumé traditionnel de Forêt Noire sur un lit de chou tiède et pommes de terre nouvelle en sauce aux herbes, servis avec un gouleyant chardonnay produit près de Fribourg en Brisgau. Pâtes fraîches aux champignons de printemps ou raviolis de truite. Superbe tartare de bœuf avec salade d’herbes de saison. Mythique Sauerteig Brot en entrée avec crème aigre et mousse de raifort : un délice tout de simplicité et de saveur. Comme certaines recettes chinoises (ou certaines soupes de nos campagnes où l’on rajoutait toujours de nouveaux ingrédients sur une base souvent ancienne, cuite, recuite et compotée), qui utilisent des ingrédients vieux de plusieurs décennies, le levain pannaire peut avoir plusieurs années. Celui de Die Burg, soigneusement élevé et transmis de génération en génération, a 30 ans, l’âge de raison… Et le pain à qui il transmet son âme et sa saveur est absolument délicieux. Fromages de la Forêt Noire. Desserts alliant produits de saisons et légèreté gourmande. Avec toujours, en fil rouge tant de la cuisine que de l’accueil et du service : le respect du client et la sublimation du produit et de la tradition culinaire locale. Une bien belle adresse, vraiment, qu’il serait dommage de ne pas découvrir lors de votre séjour dans la région.

 
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Die Burg

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Cadre lumineux et service chaleureux... la gourmandise estt ici un devoir!

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Une histoire de sapins, de légendes, de chapeaux rigolos … et de tourtes aux cerises

Depuis Donaueschingen, plusieurs options de découvertes :

StadtMuseum, Hüfingen

StadtMuseum, Hüfingen

Option culture, art et histoire - cap sur la petite ville de Hüfingen, enserrée dans ses anciens remparts ceinturés d’eau, pour visiter le StadtMuseum, Maison natale d’une célébrité locale, le peintre et graveur Johann Nepomuk Heinemann (1817 – 1902), cet adorable petit musée, maison de ville construite sur une ancienne chapelle médiévale et remaniée au cours de siècles, abrite des salles d’expositions permanentes dédiées à l’archéologie et à l’histoire locale, aux œuvres de Heinemann, à des objets et meubles anciens, et une suite de petites salles réservées à des expositions d’artistes contemporains locaux, qui valent vraiment le détour. Si vous avez le temps, au sortir du musée, n’hésitez pas à flâner dans la grand-rue, si typique des villes d’Allemagne du Sud, avec ses maisons anciennes, souvent à colombages, son église blanche et ocre, ses boutiques et ses nombreuses pâtisseries-salons de thé.

A quelques kilomètres de là, la plus ancienne ville du Bade-Würtemberg, Rottweil. La vieille ville d’Empire semble sortie d’un conte pour enfant, avec ses façades médiévales, ses oriels, ses églises et monastères baroques, ses tours et ses murailles. Partout, la silhouette maflue de l’enfant du pays, le rottweiler, ancien chien de boucher et de mineurs, aujourd’hui décliné en figurines de plastiques, en autocollants, en cartes postales… La tour immense et laide des essais d’ascenseur du groupe Thyssenkrupp raye l’horizon de petites collines boisées d’un trait agressif et de ses 246 mètres (m’indique le site de la firme. Pourquoi 246 et pas 250 ? Mystère…) incongrus. Pour les amateurs d’art enragés (et nostalgiques des sculptures en métal à angles aigus si prisées dans les années 1970) : le parc et les expositions de la fondation Erich Hauser, du nom du sculpteur local qui y a longtemps vécu et travaillé. Certaines de ses œuvres ont été exposées au MUSEUMART.PLUS

 
Les gigantesques sculptures métalliques d'Erich Hauser, à Rottweil

Les gigantesques sculptures métalliques d'Erich Hauser, à Rottweil

 

Option plus orientée Nature, décor pour touristes et vestes en loden – mais aussi gastronomie et balades romantiques? On repart quelques dizaines de kilomètres vers l’ouest, en repassant par Donaueschingen, direction Fribourg. Le Titisee, sorte de village d’opérette devenu arrêt obligatoire pour bus de touristes asiatiques ou américains, n’est pas forcément à éviter (après tout, c’est ça aussi la Forêt Noire, un folklore artificiel survendu par les tours operators aux quatre coins du monde), mais traverser rapidement la suite d’hôtels et de boutiques au bord du lac suffit amplement…Pour déguster vins de la régions et délicieuses assiettes de saison et gâteaux aux couleurs pastel, prenez le temps de parcourir les dix à quinze minutes vous séparant, en voiture, de la ville « nouvelle », Titisee-Neustadt, et savourez le joli choix de Delikatessen maison dans l’épicerie fine-vinothèque-bistro-bar à jazz Feinkost-Villinger.

Collines douces, prés et vergers, soulignés de sapins sombres, sentinelles postées en avant-garde aux marches de la Forêt Noire.

Collines douces, prés et vergers, soulignés de sapins sombres, sentinelles postées en avant-garde aux marches de la Forêt Noire.

En poursuivant vers l’ouest, on traverse de superbes paysages de forêt : la voilà, la sombre et noire Forêt des légendes et des dépliants touristiques ! Les sapins, me répète Cat, y sont vraiment plus grands, plus sombres, plus impressionnants qu’ailleurs… et, de fait, je crois qu’elle a raison. Le paysage est superbe. Un peu inquiétant parfois, bordé au sud par des collines noires où les skieurs s’élancent tout schuss l’hiver venu. En l’absence de neige, sur le fond de conifères serrés sur leurs flancs, elles sont presque sinistres par temps de pluie. Villages de maisons en bois ouvragé, aux larges toits en pentes, ravissantes chapelles et églises anciennes, vergers et pâturages, les amateurs de balades trouveront des suggestions de sentiers et de buts d’excursion en consultant le site officiel du Naturpark Südschwarzwald.

Y figurent entre autres un itinéraire dédié aux Fleurs Sauvages et aux Insectes, un autre sur les Jardins Paysans traditionnels, un troisième sur la Route des Fromages, de producteur en laiterie, option « spécial gourmands ». D’autres suggestions de routes touristiques (sur le thème du vin, de la nature, des randonnées pédestres, des villages historiques…) sur : https://www.foretnoire.info/foret-noire/les-routes-touristiques

 
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Atmosphère

où quand les sapins montent la garde en rangs serrés et sombres...

 

La liste des marchés de Noël, particulièrement beaux dans cette région, devrait vous faire retrouver votre âme d’enfant entre jouets de bois peint, boules de verre soufflé et confiseries de l’Avent : le plus spectaculaire restant sans conteste celui de la Ravennaschlucht au cœur de la forêt enneigée, au pied d’un pont de chemin de fer aux hautes arches de pierre. Magique et envoûtant.

L’horlogerie est une autre tradition régionale, depuis 1850. La Forêt Noire, et vous n’avez aucune chance de l’oublier pendant votre séjour car il est absolument partout, est la patrie de l’horloge à coucou (aujourd’hui également déclinée en versions design et fluorescentes… ). Pour les passionnés d’horlogerie, le musée de l’Horlogerie à Furtwangen vaut le détour:

www.deutsches-uhrenmuseum.de.

Et pour les amateurs dotés du sens de l’humour, ou désireux de faire un cadeau original : les créations colorées et pleines de gaîté de Waschecht-Todtnauberg. Elles jurent un peu avec les meubles anciens, je ne vous le cacherais pas… mais c’est parfait avec du prêt-à-monter scandinave, ou dans une cuisine. Evitez la chambre d’enfant, malgré les couleurs acidulées, ou alors évitez de remonter l’horloge : le coucou surgissant bruyamment à heures fixes est absolument insupportable !

www.waschecht-todtnauberg.de

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L’autre symbole régional, c’est le chapeau à pompons très particulier portés par les jeunes filles à marier du village de Gutach (les femmes mariées le portent orné de pompons noirs… tout un symbole !). Il est si spectaculaire, si étrange aussi avec ses énormes pompons de laine rouge entassés en boules géantes sur le feutre à large bords et longs rubans, si aisément identifiable, qu’il est devenu, par la grâce du service marketing de l’Office du Tourisme régional, un symbole décliné à toutes les sauces et sous toutes les formes. Les créateurs s’en sont emparés, souvent pour le meilleur : nous avons adoré les t-shirts, sacs et sweaters du duo derrière une marque devenue culte : [ :blackest-forest :] . Au slogan sans équivoque, sous une tête de mort à tibias croisés coiffée du fameux chapeau : « Schwarzwald underground style» !

 

Les découvertes gastronomiques, du nord au sud, valent le détour. Nous vous en avons sélectionné quelques-unes, en vous réservant les meilleures adresses et les plus goûteuses sélections :

gâteaux, forêt noire, die Scheune

 

A tout seigneur tout honneur : les tourtes, gâteaux et confiseries. En particulier la reine d’entre elles, la fameuse Tourte de la Forêt Noire aux Cerises, ou Schwarzwälder Kirschtorte. Un péché de gourmandise à soi tout seul, à base de cerises au kirsch, chocolat, génoise et crème fouettée, fièrement proposée dans toutes les Konditorei de la région. Mention spéciale mais pas exclusive à celles de l’hôtel-restaurant Rainhof Scheune à Kirchzarten comme à celles de l’épicerie fine-restaurant Feinkost-Villinger à Titisee-Neustadt. Mais vous pouvez également vous lancer dans un marathon de comparaison pâtissière en suivant la liste établie par des gourmands et gourmets exigeants et locaux sur un site dédié aux meilleures tourtes de la Forêt Noire, avec palmarès parfaitement subjectif.

Les vergers ont de tout temps également fourni la matière première d’une autre spécialité locale : la distillation d’eaux-de-vie renommées, à juste titre, bien au-delà des frontières allemandes. Notre sélection de bonnes adresses :

  • La Distillerie Baumgartner à Vogstburg , sacrée « meilleur Distillateur d’Allemagne 2014 » ;

  • La Distillerie Scheibel à Kappelrodeck, distillation à l’ancienne d’alcool de fruits d’anthologie mais également de superbes gins et vodkas ;

  • Feierabend Brände: des bouteilles au superbe design style tatouage pour des eaux-de-vie exceptionnelles ;

  • Monkey 47: l’un des meilleurs gins au monde (et c’est une fan absolue de gin tonics qui vous l’écrit…) est produit en Forêt Noire !

  • Un autre très beau gin, médaillé à plusieurs reprises : l’Iris Dry Gin de la Distillerie Scholerhof;

  • Une découverte à faire partager, du caractère et de l’équilibre avec un zeste de Forêt Noire en bouteille : BOAR – Blackforest Premium Dry Gin;

  • Le célèbre Vermouth « Berlinois » Belsazar, chouchou des bars branchés de Berlin, est en fait un pur produit de la région de Kaiserstuhl ;

  • Plus confidentiel mais délicieux et fruité sans être sirupeux : l’apéritif aux poires Birnoh de la Distillerie Brandjung;

  • Enfin, la Gute Schwester: un distillat de plantes et d’épices titrant à 29% et produit de manière presque confidentielle en pleine Forêt Noire : une base de cocktail surprenante mais délicieuse… je vous laisse le goûter avant de vous pencher sur la liste assez baroque des ingrédients.

  • Au rayon des spécialités exotiques clonées au savoir-faire local, les produits de Blackforest Ginger méritent le détour : bières et limonades robustes et pleines de goût.

Pour accompagner tout ça, essayez les Maultaschen (littéralement « poches pour la bouche ») : des ravioles fourrées d’une farce au bœuf, au porc ou aux légumes et pochées dans du bouillon. Tous les restaurants traditionnels de la région ont leur propre recette mais on peut également les commander en ligne à la Manufacture RUCKs. Et, bien évidemment, les saucisses, pâtés, terrines, lards et jambons de la Forêt Noire. De l’avis des connaisseurs interrogés, un des meilleurs charcutiers de la région, qui travaille exclusivement la viande de cochons laineux élevés au grand air, est la Charcuterie Walter à Oberschopfheim. A vos fourchettes !

Une envie de douceur ? Les sirops, confitures et gelées de la maison Ireneus Frost à Fribourg, qui confectionne également de somptueux vinaigres balsamiques à base de pomme, coing, miel, orange amère, vanille Bourbon, sureau ou thé noir, ainsi que des moutardes piquantes et fruitées à la fois.

Au rayon produits locaux qui ne se mangent pas (oui, il y en a… ) : la Bergerie Steinbrunnenhof produit une pure laine vierge exceptionnelle qui ravira les artistes des aiguilles à tricoter comme les amoureux des animaux puisque tous les membres du troupeau vivent en plein air toute l’année (d’où l’exceptionnelle finesse et la robustesse de leur toison) sur les prairies et les pâturages de la Forêt Noire, ne boivent que de l’eau de source, et que les brebis sont abritées dans la bergerie de février à avril pour la mise-bas, afin d’assurer aux agneaux le maximum de soins et d’attention. La pure laine vierge de la bergerie Steinbrunnenhof est également très réputée dans la région pour ses vertus thérapeutiques, souveraines paraît-il pour soulager les rhumatisme et idéales en remplissage de matelas pour assurer un sommeil sain et paisible…

Une dernière et très agréable adresse, pour se reposer et apprécier le charme de la région : l’auberge, centre de bien-être, librairie-épicerie fine et centre culturel (oui, tout à la fois !) Rainhof Scheune à Kirchzarten, près de Freiburg i. B. Ancien relais de poste sur la route du Titisee, superbement rénové, il est une expérience en soi. Chaque chambre, spacieuse, confortable et pleine de charme et d’humour, est un petit univers évoquant son nom et l’univers de la Forêt Noire : « Nains de Jardin », « Coucou », « Edelweiss », « Schwarzwald », « Romantique », « La Ferme », « Promenade en Forêt »… Choisissez de préférence les chambres donnant sur l’arrière et la forêt, elles sont plus calmes, avec l’impression de dormir en pleine nature, même si moins lumineuses, que celles donnant sur le devant et la route traversant le village. Petit bémol : l’absence de rideaux dans la plupart d’entre elles… C’est merveilleux pour la lumière mais tout le monde n’aime pas forcément, en été, se réveiller vers 5 heures du matin… et le bricolage improvisé de rideaux de fortune à base de linge de bains coincés dans le cadre de bois de la fenêtre a un charme certain mais manque totalement d’efficacité. Je le sais : j’ai essayé ! Cat a encore des photos compromettantes qui le prouvent…

 
Chambre romantique dans un ancien relais de poste: auberge Rainhof Scheune à Kirchzarten.

Chambre romantique dans un ancien relais de poste: auberge Rainhof Scheune à Kirchzarten.

La Rainhof Scheune, c’est une histoire de passion pour une région et son patrimoine : historique, culturel, gastronomique. Sous l’impulsion d’un entrepreneur de la région, le bâtiment, en déréliction, a été racheté, rénové et entièrement transformé, mais en en gardant l’esprit et le style. Immense, la structure de poutres et de murs chaulés a été respectées et amoureusement réhabilitée, en utilisant essentiellement le bois, le matériau emblématique de la Forêt Noire. Un restaurant traditionnel, du style des Stube ou pintes traditionnelles, offre une carte réduite mais savoureuse, axée sur les produits et spécialités locales, un vaste choix de gâteaux et tourtes aux fruits, des vins de la région et un somptueux buffet de petit-déjeuner. A l’étage, une grande salle sous les combles pour réceptions et séminaires. A l’arrière, un ravissant jardin paysan, avec des bancs et des chaises où se reposer, lire ou rêver, au milieu des arbres fruitiers et des fleurs. Un espace spa permet de se délasser après une journée à découvrir les environs ou à suivre les divers sentiers de randonnées qui sillonnent les collines alentours : sauna, bain de vapeur, massages (sur réservation), salon de détente avec cheminée sous l’impressionnant mais chaleureux espace laissé libre par les poutres de la charpente, sous le toit. Des chaises longues douillettement recouvertes de couverture de laine vierge et de peaux de moutons permettent de somnoler dans un confort maximal en face du paysage de forêt, découvert par une immense baie vitrée. Le lieu doit être particulièrement féérique sous la neige, lorsque la Scheune (la grange, en français) se pare de ses atours de fête pour célébrer Noël dans la tradition pleine de poésie du Sud de l’Allemagne. Car c’est ici le règne du sapin-roi : qu’on se le dise, nous sommes en Forêt Noire, terre de contes et de légendes, de brouillards et d’arbres géants, de Noëls magiques et d’arbres parés comme des châsses, en ces terres catholiques, de boules de verre soufflé, de jouets de bois peint, d’oranges et de pommes, de rubans à l’ancienne et de délicates décorations de fer blanc ou d’étain, dans le parfum d’épices, cannelle, poivre, cardamome et anis étoilé du vin chaud et des somptueux gâteaux aux fruits.

 
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rainhof scheune, forêt noire
 

A ne pas manquer : la remarquable librairie-boutique-bar, qui, outre un vaste choix de livres (malheureusement uniquement en allemand…) sélectionnés avec talent par la libraire en charge, vous fera découvrir produits et artisans locaux au travers d’un choix pointu et tout à fait remarquable d’alcools, confitures, tisanes, bijoux, jouets, chocolats, linges de cuisine imprimés en lin, charcuterie et poissons fumés. De nombreuses présentations, dédicaces et conférences y rythment l’année en mettant en exergue auteurs et traditions régionales. Avec, bien évidemment, la période de l’Avent en point d’orgue : l’occasion de se plonger dans l’atmosphère de Noël tout en savourant le confort d’un très bel endroit. Permis de rêver et de se détendre obligatoire.

 

Bon voyage ! Que les esprits et les lutins de la Forêt vous accompagnent…