MUSEUMART.PLUS: Art et Lumière au cœur de la Forêt Noire

A la découverte de l’une des plus belles et des plus exceptionnelles collections privées d’art contemporain d’Europe... Ou quand la passion et l’audace se conjuguent pour donner vie à un musée unique au monde. 
 

Donaueschingen. 
    C’est dans une petite ville au nom improbable, à la lisière orientale de la Forêt-Noire, en Souabe, que j’ai découvert l’époustouflante collection Biedermann et son écrin : le MUSEUMART.PLUS  La plus belle découverte et la plus forte émotion artistique que j’aie eu la chance de vivre ces dernières années. Une découverte. Un enchantement. Le début d’une très longue histoire d’amour et de dialogue artistique au gré des expositions présentes et futures. 

 
David Nash ,  Ligthning Strike (2008)

David Nash, Ligthning Strike (2008)

Jinmo Kang ,  BranchPortrait (2009)

Jinmo Kang, BranchPortrait (2009)

 

Il Était une Fois : le chemin des Sculptures…

Entrez dans le Conte des Formes et des Couleurs qu’une magicienne inspirée a créé au cœur d’un parc où souffle la création sous toutes ses formes…  Il était une fois, au cœur de la Forêt Noire, un rêve devenu Pierre. Et Lumière. Et Découverte. 
En cette fin de matinée d’avril, entre fioritures baroques et sérénité fluide de l’eau, j’ai entamé un voyage intime et fascinant en suivant l’allée sablée marquant l’entrée du domaine. J’ignorais vraiment ce que j’allais trouver… deux heures de route dans la fraîcheur du petit matin m’avaient conduite de Fribourg – l’autre, la ville-miroir, le vaisseau de molasse grise et de légendes noires des Zähringen en Nuithonie – à Fribourg en Brisgau, par les rives du Rhin. Avant de bifurquer vers l’est, direction Donaueschingen. Pâle soleil de début de printemps et premières floraisons dans les vergers, le décor s’est vite fait idyllique. Au point de choisir de gommer volontairement, en refusant tout simplement de les voir, les immeubles sans grâce et les centres commerciaux, les ronds-points hideux et les panneaux touristiques d’une affligeante banalité. Dans les rues de la petite ville endormie, j’avais soudain l’impression de remonter le temps. Il m’a suffi ensuite de longer des murs ocre et des prairies pour chevaux, puis les premiers bâtiments-vestiges de l’ancienne cour princière - jusqu’à l’imposant monument consacré à la source (traditionnelle mais de fait, pas la vraie…) du Danube. De dépasser les arrières décatis du château rococo revisité fin 19e. Puis l’opulence post-tridentine de l’église le jouxtant. Et enfin d’obliquer à gauche, sur les pavés anciens, pour redescendre vers la rivière Brigach. Passer la confiserie Reiter. Puis la brasserie sur la droite. Traverser le pont direction la gare. Et là, tout de suite, bifurquer à gauche. Parquer dans la rue (en n’oubliant pas mon disque de stationnement sous peine d’amende…) et me diriger à pied le long de l’eau vers le MUSEUMART.PLUS, bien indiqué. 

 
Donaueschingen  :   la brasserie au nom de l'ex-famille régnante...

Donaueschingen: la brasserie au nom de l'ex-famille régnante...

L'ancien manège en bordure du parc du Château.

L'ancien manège en bordure du parc du Château.

Maison à colombages...

Maison à colombages...

.... et à oriel. Atmosphère un peu nostalgique mais pleine de charme des rues de la vieille ville.

.... et à oriel. Atmosphère un peu nostalgique mais pleine de charme des rues de la vieille ville.

 

 Le Voyage vers Ailleurs a commencé dès les premiers pas, sous les frondaisons en bourgeons des cerisiers : tiens, une sculpture en métal et miroirs, entre les branches du premier arbre… Art, Créativité et Nature en symbiose. Se reflétant, se complétant et dialoguant : c’est la première des œuvres de l’artiste coréen Jinmo Kang à accueillir le visiteur. Dans l’eau, un drôle d’échassier, immense : tubulures de métal couronnées d’un gigantesque caramel acidulé à moitié fondu, dégoulinant sur ses pieds chromés avec la texture gommeuse d’une bâche de chantier. Fascinant, dérangeant. Inspirant. Étonnant et détonnant. Et pourtant parfaitement à sa place dans ce décor d’eau, de pierres et de branchages où il s’allume à la nuit tombée : c’est « GULFF », ovni ou créature poétique à l’intrigante présence, de Paul Schwer. Plus loin, sur l’esplanade austère à force de dépouillement : une girafe de fer couleur rouille… ou alors un mutant de grue et d’extraterrestre longiligne ? Un phasme géant ? Ah, non : un éclair fantasmagorique zébrant le ciel : c’est « Lightning Strike » de David Nash. Et, plus loin, «TreePortrait » et « StonePortrait » de Jinmo Kang encore : l’Arbre et la Pierre, transmutés par le métal et la main de l’artiste pour s’inscrire pleinement dans l’espace et le temps. 

 
Jinmo Kang ,  TreePortrait (2009) dans le parc du musée.

Jinmo Kang, TreePortrait (2009) dans le parc du musée.

Paul Schwer ,  GULFF (2014)

Paul Schwer, GULFF (2014)

Jinmo Kang ,  StonePortrait (2009)

Jinmo Kang, StonePortrait (2009)

 

Un écrin de lumière pour un dialogue intimiste entre œuvres et visiteurs

Comme certains moments, certaines rencontres, il est des lieux intemporels. Pas simplement hors du temps, non : mais entrelacés de portes entre les mondes, d’espaces culturels, d’époques, d’atmosphères. Uniques et multiples à la fois. Evidents. Et singuliers. Le petit palais néo-classique abritant le musée en est certainement un. Encore fallait-il l’œil et le talent de Margit Biedermann pour le distinguer sous les guenilles de grisaille et de vicissitudes architecturales accumulées depuis sa construction aux alentours de 1846. Dans les limbes encore, il attendait, littéralement, de renaître. Sa naissance, pourtant, était prédestinée : dans cette Allemagne du Sud encore imprégnée de l’esprit des Lumières mais toute enfiévrée des envols du Sturm und Drang*. Férue de classicisme, amoureuse de la Nature mais aussi du Savoir, des Sciences et des Arts, aux Muses desquels fut dédié ce ravissant « museion ». Il abritait alors salon de lecture et salle à manger, bibliothèque et salle de billard et, somptueuse, une salle de bal crème et or, aux lustres scintillants de tous leurs cristaux, décor idéal d’un roman de Kleist**… D’ailleurs, ne serait-ce pas le fantôme de la Marquise von O… glissant en robe Empire sur le parquet ciré, au bras d’un fringuant officier ? Oui, là-bas, près de la grande licorne blanche, puissante et évidente, la corne prise dans le mur rechampi d’or. Une œuvre de Friedemann Flöther en mousse de polystyrène et laque blanche. Aucun kitsch, aucun bling-bling, pas d’effet de mode ici, n’en déplaise aux thuriféraires de coups d’éclats publicitaires à grand renfort de requins au formol et de chiots en ballons : une œuvre choisie avec rigueur et talent. Oui, une licorne. Et oui : elle est à sa place. Ni mièvre, ni incongrue. Juste en harmonie. 

 
La somptueuse salle de balle crème et or avec la "Licorne" (2009-2010) de   Friedmann Flöther

La somptueuse salle de balle crème et or avec la "Licorne" (2009-2010) de Friedmann Flöther

 

Ode à l’Outrenoir 

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Détails de la restauration du bâtiment: traces sublimées de toutes ses anciennes incarnations...

Détails de la restauration du bâtiment: traces sublimées de toutes ses anciennes incarnations...

La rénovation de ce bâtiment est un roman à lui seul. Et une déclaration d’amour aux œuvres qu’il a désormais pour mission de mettre en valeur, de partager et de faire dialoguer. Dans un équilibre subtil, la rigueur et le dépouillement de la structure originale a été rénovée, sans pour autant effacer les traces de ses incarnations ultérieures : les parquets de bois blond, chaleureux dans leur lumineuse simplicité, font écho aux marques fugaces laissées sur les murs par les deux architectes talentueux sélectionnés pour mener à bien cette restauration: Lukas Gäbele et Tanja Raufer. Respect et continuité, qui laisse lire aux visiteurs attentifs les méandres de son histoire : ici, les rangs au pochoir des sièges du cinéma qu’il fut entre 1930 et 1957. Là une fresque végétale soulignant discrètement une encadrure de porte, de la même époque. Partout : la lumière. Partie intégrante des matériaux utilisés, elle est la structure même de l’extension contemporaine réalisée pour le nouveau musée en 2008-2009. Dépouillée, mais sans austérité, pleine de vibrations et tissée d’une trame subtile que le plafond ajouré permet de tamiser à volonté, elle est désormais une « chapelle » parfaite où se laisser envoûter par le chant à voix multiples des Soulages de la collection Biedermann. Une symphonie subtile mêlant les diverses lumières de ses noirs et de ses effets de matière. Un dialogue visuel et imaginaire et pourtant si réel que l’on se perd, avec bonheur, dans un espace-temps à la foi serein et vibrant. Ode à l’Outrenoir : un pur moment de bonheur. En les quittant, à regret, je savais que les toiles continuaient à dialoguer, multiples voix mêlées et chuchotées, dans un monde parallèle et pourtant si présent, qui m’avait accueillie, visiteuse de passage, éblouie, au creux de leurs confidences. J’en ai gardé une profonde nostalgie : je sais que j’y retournerai. 

 
La salle des Soulages de la collection Biedermann, dans la nouvelle annexe: une Chapelle de Lumière dédiée à l'Ode à l'Outrenoir du peintre.

La salle des Soulages de la collection Biedermann, dans la nouvelle annexe: une Chapelle de Lumière dédiée à l'Ode à l'Outrenoir du peintre.

 

Au travers des Formes et des Couleurs…voyages vers d’autres mondes.

Le fronton du bâtiment porte simplement « Museum », en lettres dorées : tout est là. Retour aux origines voulu – l’essence et la raison d’être de l’Art. S’émerveiller, découvrir, être interpellé, dérangé parfois, intrigué. Poursuivre la réflexion sur les chemins ouverts tant par l’œuvre que par l’artiste. S’interroger. Non pas un espace figé, mais un lieu de dialogue et de vie : la lumière, toujours, fluide, comme l’eau de la rivière à ses pieds, qui circule et qui unit, et qui entraîne sur de nouveaux chemins, vers de nouveaux horizons… 
Ce lieu si chaleureux, à taille humaine et pourtant ouvert sur tant de portes et d’espaces au travers de ses superbes salles d’exposition, n’a rien de statique. Il met en valeur plusieurs expositions par année, des visites thématiques, des ateliers pour les enfants, des concerts, des espaces de dialogue permanents et changeants à la fois. Les œuvres elles-mêmes dialoguent en continu : avec leurs spectateurs. Mais entre elles aussi. Avec le lieu. Avec le temps. Avec l’espace. 
Le visiteur se surprend à admirer les détails et les nuances des matériaux employés au même titre que les œuvres exposés. Car c’est un tout. Multiforme et changeant, et pourtant si présent. Intemporel. 

Une Vespa rouge destructurée et démesurément allongée joue les gardiens débonnaires à l’entrée : l’œuvre de Stefan Rohrer est une envolée de tôle vibrante de folie joyeuse qui annonce la Couleur, un immense éclat de rire : « Dolce Vita ! » Elle vous invite à plonger dans l’actuelle exposition du musée : « colourful. farbenfroh ». Articulée autour d’une étoile brillante : l’immense artiste, encore méconnue en Europe, Dorothy Fratt. Peintre et femme et coloriste de génie dans la lignée de la Washington Art School des années 1950 et 60. Moins connue que ses pairs parce que femme. Et pourtant : oui, sans doute, le fait est que sa peinture est intensément personnelle. Et intensément féminine. Et intensément puissante, car le talent n’a pas de sexe : il est. Mais ses nuances et ses lignes de fractures et de vie, elles, sont sexuées, comme autant de nuances, riches de ses différences. Je ne la connaissais  pas : je l’ai découverte. Coup de foudre. De couleurs, plutôt. Apprendre qu’elle a très tôt quitté Washington pour s’installer en Arizona m’a semblé une évidence. La Lumière, encore et toujours. Celle d’Albuquerque, où elle a vécu jusqu’à sa mort l’an dernier. Celle de ses toiles. Celle de sa personnalité et de son talent. Elle disait que « chaque peinture est un voyage et une aventure. Je ne comprends pas complètement ce qui se met alors en œuvre. Et sans doute que personne ne le peut ». Mais ses toiles vivent : les couleurs y prennent chair, littéralement. Devenues tri-dimensionnelles par leur seule intensité, elles bougent et poursuivent leur vie, indépendantes et gaies, et fortes, et puissantes. Somptueux et lumineux dialogue avec les œuvres de Soulages dans l’immense pièce adjacente, ouverte pour mieux laisser passer fluides et vibration. Soulages, autre peintre de la Lumière et de la Couleur. De toutes les couleurs. Sublimées et transmutées en Œuvre au Noir, en alchimie comme en peinture. 

Stefan Rohrer  : "Vespa" (2007)

Stefan Rohrer: "Vespa" (2007)

Leur répondent toutes les œuvres et les artistes rassemblés autour d’eux, de salle en salle : qui mêlent leurs voix à ce merveilleux dialogue, en fond, en soutien, en solo, en chœur. Les formes et les formats inhabituels de Georg Karl Pfahler. Les notes et contre-points graphiques en acrylique sur toile de lin de Günter Fruhtrunk. Les sculptures monochromes de Thomas Lenk. Les évidences symboliques et pourtant en constant mouvement, sur un rythme de jazz, de Winfred Gaul. Les pigments francs des panneaux de Gerhard Langenfeld, chœur brut et puissant de notes sans concessions, engagées dans un concerto à voix multiple et basso continuo en jaune citron avec la « Pallone giallo » de Rainer Seliger. Figée dans l’instant, comme surprise en plein mouvement par un arrêt-sur-image. 
Le mouvement, justement : c’est le flot du trafic et du bruit de Londres saisis sur le vif par Matthew Radford. La tache rouge de bus à impériale sur le flot incessant des voitures, et celui des passants. Sur les rues et les trottoirs impersonnels d’un Londres dépouillé de ses monuments emblématiques, réduit à l’essentiel : ses pulsations de vie et d’énergie, que la toile semble peiner à contenir. Coups de brosse nerveux mais maîtrisés, puissants, intensément vibrants du peintre. Presque sonores : reflétant non seulement le mouvement mais le bruit, le bourdonnement du trafic, les klaxons, la rumeur de la ville. Sa force monstrueuse et impersonnelle, impavide, sans états d’âme. Juste le mouvement. Et le bruit. 
On est sonné. Fasciné. Un boxeur sur le ring, après un coup parfaitement asséné. Alors se fait entendre, leitmotiv et ligne de vie à échelle humaine, brisant le vacarme de la ville, une petite musique entêtante et têtue : les mouvements et les soubresauts éclaboussés de rouge, noir, orange et gris acrylique d’Heidi Gerullis. Des machines vibrionnantes cherchant à s’échapper du papier qui ne peut contenir leur farouche envie de vivre. Energie à laquelle fait écho «Tutto tondo» de Gianni Dessi : balle de tennis géante, toute de jaune vif, de rondeur, d’ellipses noires et vivantes, bondissante quoiqu’immobile, immense, et juvénile. 
Et puis : une pause. Une respiration, plutôt. Dense du savoir et de la maîtrise accumulés depuis la Renaissance : les tempera à l’œuf de Paolo Serra. Noirs somptueux en couches multiples et sans fond. Et rouges sombres, à la puissance contenue, à l’insondable mystère. La matière et le sens. Unis. Intimement. Le souffle se fait plus lent. Le corps se pose, les yeux se plongent dans des abysses profonds. Images fugitives de longs couloirs de bois sombre dans un palais florentin, de la lueur des lampes à huile et des chandelles sous les fresques d’un couvent toscan. D’une maîtrise dépouillée jusqu’à l’essence. L’âme. L’évidence. 
On se remet lentement en mouvement, en s’arrachant à cette force tranquille qui nous dépasse et nous attire. C’est un choc, un arrachement brusque. Il faut souffler, plus légèrement. Envie de revenir vers la surface, de sortir de l’apnée. Et c’est l’eau claire d’un ruisseau. Les bleus tendres d’un ciel d’été au-dessus de l’eau. Les teintes diluées des fleurs au fil de l’onde sur les panneaux d’Emil Kiess, en touches subtiles et transparentes. L’esprit des Nymphéas n’est pas loin…Les bleus et les verts sont ici omniprésents, rehaussés de jaune pâle, de rose, comme autant de taches de lumières à travers un feuillage luxuriant. Les mêmes teintes et les mêmes touches en pointillé leur répondent sur leur gauche : c’est le « Poltrona di Proust » d’Alessandro Mendini. Que la tête-trophée de léopard en touches fortes et maîtrisées de Ralph Fleck contemple avec le désespoir d’un animal sauvage réduit à l’impuissance dans un salon début de Siècle. Le précédent : celui de Proust et de Monet, justement. 

 
(A gauche)   Matthew Radford ,  "April City" (1993-1994) - (Au fond)   Gerhard Langenfeld ,  "50 Farbtafeln" (2005) - (Sur le parquet)   Rainer Seliger ,  "Pallone giallo" (2010) - (A droite)   Matthew Radford ,  "Red Bus II/London II" (1995)

(A gauche) Matthew Radford, "April City" (1993-1994) - (Au fond) Gerhard Langenfeld, "50 Farbtafeln" (2005) - (Sur le parquet) Rainer Seliger, "Pallone giallo" (2010) - (A droite) Matthew Radford, "Red Bus II/London II" (1995)

 


Mais les couleurs redeviennent plus tranchées. Éclatantes et présentes. Omniprésentes. Vivantes. Brutales : c’est Keith Haring. Grinçante, désespérée, une forme mi-homme, mi-loup, évoquant les inquiétantes créatures des folklores méso-américains. Les démons-jaguars, les sorciers de Tezcatlipoca lâchés dans la jungle urbaine du Bronx et des backrooms de Manhattan au crépuscule de l’ère pré-sida. Homme-démon sculpté en relief dans le bois, avec aplats de laque rouge. La couleur se fait coup, frappe, vacarme, presque blessure. Cri. Désespéré. Rageur. Violent. Il faut une autre force, moins violente mais tout aussi puissante, pour tenir le choc et la rage et s’imposer sans se faire annihiler : ce sont les merveilleux « Rhinocéros » rouge et les bleus et noirs profonds du « Pont de Charlottenburg » de Helmut Middendorf. Sas de décompression et glacis protecteur à la fois avant le splash de jaune sur fond blanc des « Segni e disegni » de Gianni Dessi, à nouveau: acrylique sur papier dans leurs sages cadres blancs. Entourant, protecteurs, un petit homme-sculpture plein de vie et de tendresse heureuse, se découpant sur le cadre de la fenêtre et le fond dépouillé des troncs gris à l’arrière-plan, dans le parc. Et l’on se retourne alors pour découvrir, seul sur son mur, immense et glorieusement solitaire, parce que suffisamment puissant pour contenir des mondes à lui seul et nous parler d’eux : « Van Gogh à la lampe de poche » de Rainer Fetting. L’artiste, cherchant la lumière droit devant lui, penché, concentré, presque buté, sous son immense chapeau de paille, avançant résolument, forçant la masse des couleurs sombres, sa torche brandie comme une arme. Ce tableau est somptueux. Il résume à la fois l’exposition et le musée. La quête et la raison d’être de l’artiste comme celle du collectionneur. Il interroge et dérange et ouvre le chemin. La boucle est bouclée… mais c’est un mouvement perpétuel : cette oeuvre ferme et ouvre l’exposition. Et pose les jalons de la prochaine. Qu’il me tarde de découvrir.

Rainer Fetting  : "Van Gogh with Lamp" (1983)

Rainer Fetting: "Van Gogh with Lamp" (1983)

Gianni Dessi  : "Segni e disegni" (2004) et (au centre) "Tutto tondo" (2004)

Gianni Dessi: "Segni e disegni" (2004) et (au centre) "Tutto tondo" (2004)

(De gauche à droite)   Alessandro Mendini : "Poltrona di Proust" (1996) -  Ralph Fleck :  "Still Life with Trophy II" (1987) -   Keith Haring  : sans titre (1983)

(De gauche à droite) Alessandro Mendini: "Poltrona di Proust" (1996) - Ralph Fleck: "Still Life with Trophy II" (1987) - Keith Haring: sans titre (1983)

L’exposition « colours. farbenfroh » se tient jusqu’en janvier 2019. Mais d’autres expositions, temporaires ou semi-permanentes sont présentées tout au long de l’année. Dont celle des sculptures de l’artiste berlinois Axel Anklam : dentelle géométrique en acier et formes lisses et noires évocatrices d’idoles en obsidienne ou de lave pétrifiée et polie, sculptures-structures mi-minérales mi-animales, presque soyeuses, lisses et pourtant intensément denses, d’une force et d’une présence exceptionnelles.

Les sculptures d' Axel Anklam

Les sculptures d'Axel Anklam

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Axel Anklam: OEUVRES

"Wand" (2015)

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"Untitled" (2014)

Pour plus d’information : 
http://www.museum-art-plus.com/

 

*Sturm und Drang : « Tempête et Passion » - mouvement littéraire mais aussi politique et artistique, né en Rhénanie à la fin du 18e siècle et contemporain des mouvements pré-romantiques français et anglais. En prolongement radical et en opposition à la philosophie des Lumières, il fait de la Nature le concept de ralliement de toute une génération, refusant de ne voir en l’Homme qu’un être de raison et de se plier aux règles classiques de la poésie, du théâtre, de la musique. Son nom vient d’un drame, aujourd’hui très oublié, du poète Klinger (1776). Goethe, les frères Jacobi, Lenz, Herder, Hamann mais aussi le Souabe Schiller sont considérés comme ses principaux représentants sur le plan littéraire. En musique, il a notamment influencé Haydn, les frères Bach, Beethoven. En peinture, Friedrich, Runge, Schinkel et le mouvement des Nazaréens.
**Heinrich von Kleist, écrivain, poète, dramaturge et essayiste (1777-1811), auteurs d’œuvres majeures de la littérature allemande du 19e siècle : Michael Kohlhaas, La Marquise d’O…, Le Prince de Hombourg, Le Tremblement de Terre au Chili